Numérique en Europe

Un marché conséquent qui échappe aux acteurs locaux traditionnels

par Vincent BONNEAU

Le marché numérique européen reste un marché conséquent (plus de 1000 milliards EUR à l’horizon 2023), qui profite toutefois de plus en plus à des acteurs non-européens, notamment nord-américains. Le cadre réglementaire assez ouvert permet plus facilement l’arrivée de nouveaux entrants.

Une progression moins rapide

Le marché européen du numérique progresse moins vite que celui de quasiment toutes les autres zones (à l’exception du Moyen-Orient), avec une croissance estimée à 4,3 % par an pour les trois prochaines années, soit globalement 1 point de croissance en moins que la moyenne mondiale. L’Europe est en retard dans tous les secteurs, mais en particulier dans celui des services Internet, avec une monétisation moins efficace. Avec près de 875 milliards EUR en 2019, le marché européen reste toutefois attractif, en particulier le secteur des services informatiques, qui profite de la transformation numérique des industries traditionnelles. La concurrence sur les marchés grand public tire souvent les prix vers le bas, notamment dans le secteur télécom, et les innovations tendent à se développer d’abord dans d’autres régions.

Le marché européen tiré essentiellement par les services IT

Évolution du marché des services numériques en Europe, par segment

Source : IDATE DigiWorld

Les acteurs télécoms tirent leur épingle du jeu

Le retard de l’Europe dans le secteur numérique est encore plus marquant pour l’offre que pour la demande. L’Europe est à la traîne des bilans mondiaux dans les domaines de l’EGP, du logiciel (malgré SAP ou Dassault Systems) et du contenu numérique. Elle est quasiment absente dans le segment des services Internet traditionnels, sans leader OTT et avec seulement quelques licornes emblématiques, essentiellement dans le domaine de l’e-commerce, des services financiers et des services de santé. En revanche, l’Europe reste un acteur majeur dans l’IT et surtout dans les télécoms, grâce à ses équipementiers Nokia et Ericsson, mais aussi à ses opérateurs paneuropéens. Ces derniers sont d’ailleurs aussi fortement présents au-delà des frontières européennes, en Afrique/Moyen-Orient (Orange, Vodafone), en Amérique latine (Telefónica) ou en Asie (Telenor, Vodafone), et même aux États-Unis.

L'Europe des télécoms reste un véritable challenger

Classement des principaux opérateurs dans le monde selon leurs revenus 2018

Source : IDATE DigiWorld

Une (trop ?) forte capacité à réguler, double d’un soutien financier public

L’Europe se distingue par une très forte capacité à réglementer, au profit du consommateur, afin de développer la concurrence (notamment dans le domaine des télécoms), de favoriser le développement du marché unique (dans un contexte de pays ayant des objectifs différents) ou de mieux protéger les citoyens, avec le règlement relatif aux données personnelles. Cette approche visant à favoriser/ouvrir le marché a surtout profité aux non-Européens souvent plus puissants (sauf dans les domaines à forte composante locale). Elle tend toutefois à s’atténuer au profit d’une approche visant à développer des champions européens du numérique. Cela prend la forme de soutien à la R&D, mais aussi de manœuvres de quasi-protectionnisme (cloud souverain, taxation des OTT, quotas…). L’Europe se distingue aussi par la volonté de mettre en avant certaines composantes dans le développement du numérique, comme la composante éthique.

Un soutien public important pour repositionner l'Europe sur le numérique

Plans de financement en Europe autour de l'intelligence artificielle

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Source : IDATE DigiWorld in "National AI Strategies"

La transformation des verticaux comme levier du secteur numérique ?

Si les acteurs numériques européens sont assez peu développés, en particulier dans les secteurs logiciels et apparentés, les acteurs européens des secteurs traditionnels (ou verticaux) sont puissants et très souvent de taille mondiale. Le retard européen dans les marchés grand public semble trop important à rattraper. Dans le B2B, en revanche, l’espoir existe, aussi bien à travers l’adoption du numérique dans les verticaux, qui s’appuient sur des offres locales en 5G, IoT, sécurité ou cloud (afin de proposer plus de valeur et mieux résister aux offres des pays émergents), que par le développement d’acteurs numériques majeurs parmi les acteurs verticaux (tels que Siemens, Philips, Thales, Bosch, ABB, Schneider Electric, Veolia, Engie…), capables de proposer un mélange de savoir-faire numérique et industriel dans les segments B2B. C’est dans ce sens que la Commission européenne cherche notamment à développer la 5G et même la 6G en Europe.

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