Numérique en Afrique

Des marchés en effervescence

par Didier POUILLOT

Les secteurs du digital sont incontestablement un des piliers du développement économique de l’Afrique. Pour répondre à une demande en croissance accélérée, tant en provenance du monde professionnel que du grand public, l’industrie se met en ordre de marche, soutenue par les programmes publics et l’apport d’innovation.

Un regain de dynamique

Secouée par la crise des matières premières dans la première moitié des années 2010, l’économie africaine a repris ces dernières années. Les secteurs du numérique y ont trouvé un terreau fertile pour s’épanouir, en soutenant le développement de nombreuses activités traditionnelles (agriculture, commerce) mais aussi des secteurs jusqu’alors peu développés, comme la santé ou la banque,

Avec une croissance de près de 9 % par an en moyenne depuis 2014, les marchés du numérique en Afrique ont atteint près de 92 milliards EUR en 2019 ; ils continuent d’être largement dominés par les services télécoms (encore les trois quarts des revenus totaux aujourd’hui), mais la dynamique vient plus nettement des segments IT et Internet.

Les services de télécommunications dominent les marchés du numérique en Afrique

Répartition des marchés numériques par segment en Afrique, en 2018 et 2023

Source : IDATE DigiWorld

Une industrie concentrée

Les acteurs s’organisent pour accompagner cette croissance. Les opérateurs télécoms en particulier sont aux avant-postes, avec cinq groupes qui concentrent près de la moitié des revenus du segment sur le continent : trois d’entre eux présents chacun sur une petite vingtaine de pays (MTN, Vodafone et Orange), deux sur une bonne dizaine (Etisalat/Maroc Telecom, Airtel). Le marché des infrastructures est lui aussi entre les mains de quelques groupes puissants, traditionnellement Ericsson et Nokia (ex-Alcatel) et de plus en plus aujourd’hui Huawei.

Dans l’informatique, plusieurs groupes internationaux, notamment européens  (Atos, GFI…), se déploient aussi largement. Dans l’Internet et l’audiovisuel enfin, malgré quelques initiatives locales (Jumia dans l’e-commerce, par exemple), on retrouve plus largement les grandes marques internationales (Google, Facebook, Amazon), y compris chinoises (WeChat, Alibaba, StarTimes).

Un large soutien public

Les secteurs du numérique en Afrique sont largement soutenus par les pouvoirs publics. Les administrations sont d’ailleurs parmi les principaux clients et jouent, à ce titre, un rôle moteur dans le financement des infrastructures comme dans le développement des usages (e-gouvernement, e-éducation, e-santé). L’argent public est par ailleurs mobilisé pour déployer les réseaux nationaux : en moyenne au cours des cinq dernières années, 1 €, sur 7 investis, l’a été à partir d’aides ou de programmes gouvernementaux, directs ou non. Parmi les financements indirects, une contribution significative provient des banques d’aide au développement (Banque mondiale, BAD, BID, BEI…) mais aussi des structures de soutien à l’exportation en provenance de pays aujourd’hui très actifs en Afrique (Exim Bank of China accompagne ainsi nombre d’industriels chinois pour la conquête de marchés localement).

Les engagements publics dans le numérique restent cependant sans commune mesure avec ce qui peut être investi dans d’autres utilities, énergie en tête, suivie des transports et de l’eau. Même en incluant les soutiens du secteur privé (PPP notamment), les montants investis dans les TIC ont représenté 7,1 milliards USD en 2018, contre près de 44 milliards USD dans l’énergie (source BAD/ICA).

Sur 7 € investis dans les réseaux, 1 € est financé par le public

Part des investissements réseaux financés par le privé en Afrique, en 2018

Source : IDATE DigiWorld & ICA

Un creuset d’innovation

La dynamique des marchés numériques africains se manifeste aussi à travers un formidable creuset d’innovation, et sa structuration s’affirme année après année. D’une dizaine d’incubateurs de start-up recensés au début de la décennie, le continent en compte aujourd’hui plus de 500. La progression des fonds levés pour les nouvelles pousses de la Tech est tout aussi impressionnante, avec un montant évalué par Partech Ventures à 1,16 milliard USD en 2018 (pour 164 opérations), soit un doublement en un an. Si quelques pays bénéficient d’un engouement particulier (Kenya, Nigeria et Afrique du Sud concentrent encore près de 80 % de ces investissements), le mouvement s’étend progressivement dans toutes les parties du continent : Tanzanie, Égypte, Sénégal…

Si l’innovation a largement visé jusqu’alors à soutenir les secteurs traditionnels (agriculture) ou à pallier les carences de certains autres domaines (comme la banque avec la monnaie électronique, l’énergie ou la santé), elle investit aujourd’hui des champs plus futuristes, comme la smart city.

Une formidable dynamique d'innovation

Évolution des levées de fonds pour les start-up dans les secteurs de la Tech et du numérique en Afrique

Source : Partech Ventures

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