Séries et cinéma

La fiction premium, nerf de la guerre entre TV et OTT

par Florence LE BORGNE

La production de films et de séries est en constante progression à l’échelle mondiale, notamment soutenue par la concurrence entre TV et OTT. Les deux secteurs de la fiction connaissent cependant des évolutions distinctes, leur exploitation impactant en particulier leur financement (nature du financeur et montants).

Un engouement sans précédent pour la fiction

Le contenu fictionnel, moteur de la croissance des services de SVOD, profite pleinement de la concurrence à laquelle se livrent acteurs OTT et chaînes TV. Le nombre de films produits dans le monde a augmenté de 50 % en dix ans, porté par le dynamisme des marchés en émergence, pour dépasser 8 200 films annuels, dont plus de 20 % produits en Inde, 14 % en Europe, 13 % en Chine et 9 % en Amérique du Nord.

Les séries connaissent un engouement sans précédent. Le nombre de séries produites aux États-Unis a augmenté de 86 % entre 2011 et 2018 et de 172 % depuis 2002, pour atteindre près de 500 titres originaux par an. En Europe, près de 1 000 titres sont produits chaque année, dont un tiers en Allemagne. Aux États-Unis comme en Chine, la croissance de la production de séries est uniquement tirée par les plateformes OTT tandis qu’en Europe, ces dernières sont à l’origine de moins de 5 % des titres commandés.

Des dynamiques différentes entre le film et la série (Principaux pays producteurs de films (2018) et de fictions TV (2017) en Europe )

Films

TV fictions

Source : IDATE DigiWorld, based on CNC, BFI, SPIO, ICAA, Polish Film Institute, EAO

Diffuseurs, producteurs, pouvoirs publics, des rôles variables dans le financement des œuvres

Le financement des contenus fictionnels est assuré de façon très différente selon les marchés et le type d’œuvres. En Europe, les aides publiques directes constituent une part essentielle du financement des films – en particulier pour les films à petits budgets. La France se singularise par l’importance du rôle joué par les radiodiffuseurs dans le financement direct des œuvres nationales. L’autofinancement par les sociétés de production apparaît essentiel aux États-Unis.

Les primo-diffuseurs, premiers bénéficiaires de l’exploitation des séries, en sont également les financeurs majoritaires tous pays confondus. La part financée par les producteurs américains demeure importante, les perspectives d’exploitations ultérieures étant élevées, du fait des ventes internationales. Environ 65 % des recettes d’exploitation des séries américaines proviennent désormais de l’exportation, contre 30 % au début des années 1990.

Netflix investit davantage que l’ensemble de ses concurrents directs réunis

Évolution des investissements en production originale et acquisition de contenus des grandes plateformes OTT

Source : IDATE DigiWorld, based on press

Les pays en émergence tirent la croissance du cinéma, les pays développés celle des séries

Les dynamiques sur le marché des séries diffèrent de celles à l’œuvre sur le marché du cinéma. La croissance de la production cinématographique est assez fortement liée à la progression des entrées en salles. Alors que les marchés traditionnels commencent à plafonner, la fréquentation cinématographique progresse rapidement en Amérique latine ou en Asie.

Les séries sont devenues des concurrentes majeures des films sur les marchés développés, grâce notamment à la multiplication des séries « haut de gamme » dépassant de plus en plus fréquemment des budgets de 10 millions USD par épisode aux États-Unis. Si les productions européennes n’atteignent pas les mêmes sommets, elles se polarisent également entre productions ambitieuses d’une part et contenus feuilletonnants aux budgets plus accessibles d’autre part. En Chine, les budgets moyens progressent également très fortement : 2 à 3 fois plus en 2017 qu’en 2015.

L'OTT, une meilleure exposition vs une perte des droits?

Avantages et inconvénients d'une distribution en OTT pour les producteurs cinéma et audiovisuel

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Source : IDATE DigiWorld in "Sport, films, series: funding in the age of OTT"

Apple, nouveau géant de la production audiovisuelle ?

À l’annonce du lancement de sa plateforme de SVOD, Apple avait initialement communiqué sur un budget pour le développement de contenus originaux de 1 milliard USD. Ce seront finalement 6 milliards USD que le géant américain devrait y consacrer pour accompagner le démarrage de son service Apple TV+, soit autant que Amazon pour l’ensemble de ses contenus vidéo. La différence majeure est que, dans le cas d’Apple, il s’agit uniquement d’investissements en contenus originaux, alors que le budget de tous ses concurrents est consacré majoritairement à des programmes de catalogue. Ainsi, sur les 15 milliards USD investis par Netflix en 2019 dans les contenus, seuls 2,44 milliards USD correspondent à des programmes originaux. Disney investit 1 milliard USD en nouveaux programmes pour le lancement de Disney+ et prévoit de monter à 2,5 milliards USD d’ici 2022. Amazon et Hulu ne dépenseraient respectivement que 0,38 et 0,14 milliard USD en production originale.

Apple concentre plus de la moitié des investissements en production originale

Poids de la SVOD dans la production originale des acteurs américains, en 2019

Source : IDATE DigiWorld, based on press

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